Luther 2017

Luther 2017

Les 95 thèses et la rupture avec Rome :

Le 31 octobre 2017, nous commémorons le 500e anniversaire des 95 thèses de Luther contre les indulgences. Cet événement clôture la décennie Luther pour l'Allemagne et l'année Luther pour la France.

Le 17 juillet 1505, à l'âge de 21 ans, Luther entre au couvent Augustin d'Erfurt. Il commence des études de théologie à partir de 1507 et obtient un doctorat en octobre 1512. Lors de ses années de formation, il découvre l'importance du retour à l'évangile par l'étude directe de la bible. Ses conceptions théologiques, bibliques et ecclésiologiques s'en trouvent transformées. Il débute à partir de 1513 sa carrière de professeur de théologie biblique à Wittenberg, ville sous l'autorité du prince-électeur de Saxe, Frédéric le Sage (1463-1525).

La même année, Albert de Brandebourg est élu à l'archevêché de Magdebourg, et un an plus tard à celui de Mayence. Il est alors débiteur de Rome qui lui propose de « faire prêcher dans ses diocèses et dans ses terres l'indulgence de Saint-Pierre dont le revenu » lui reviendrait pour partie et pour partie à la Basilique Saint-Pierre (Les 95 thèses, Olivetan, p. 20).

Une fois l'absolution donnée suite à la confession, l'indulgence pouvait être dispensée par un clerc grâce au trésor de l’Église constitué par les mérites des saints. Le pénitent pouvait ainsi être exempté de toute pénitence contre des œuvres, des prières, des aumônes, des jeûnes ou encore des rachats. De l'intercession, on pouvait passer à la réduction voire à l'effacement (indulgence partielle ou totale).

Cette prédication des indulgences de Saint-Pierre débute en 1517. Luther ne pouvait qu'être heurté par une telle pratique qui allait à l'encontre de tout ce qu'il avait découvert au cours de ses études. De l'autorité de sa chaire, le 31 octobre 1517, il adresse à l'archevêque de Mayence 95 thèses contre les indulgences. Celles-ci doivent être l'objet d'un débat dans un cercle limité. Si Luther n'entend pas au départ révolutionner l’Église, il propose de « revenir à des conceptions et des pratiques antérieures, purifiées des abus » (Les 95 thèses, p.29). Mais ces propositions théologiques vont connaître une publicité bien au-delà des limites de l'université. Par ailleurs, le 13 décembre, l'archevêque transmet les thèses à Rome. Il y a une remise en question théologique mais aussi structurelle, la dispense d'indulgences constituant une source de revenus importante pour l’Église. Il s'agit pour Luther de réformer l’Église. Mais aucune conciliation n'est possible.

La Bulle Exurge Domine, le 15 juin 1520, condamne les thèses de Luther. La Bulle Decet Romanum Pontificem, le 3 janvier 1521, excommunie celui-ci.

Le 16 avril 1521, Luther se présente à la Diète de Worms (assemblée des états du Saint-Empire romain germanique) mais refuse de se rétracter. Il invoque l'autorité des écritures et de sa conscience. Le 4 mai, il est mis à l'abri, incognito, dans la forteresse de Wartburg, sous la protection de Frédéric le Sage. Il peut alors continuer son travail d'écriture. Le 25 mai, l'édit de Worms met Luther au ban de l'Empire et ordonne la destruction par le feu de ses écrits.

La Réformation :

Des textes :

L'essor de l'imprimerie favorise la diffusion des écrits de Luther. En tant que prédicateur, celui-ci produit de nombreux sermons durant les années 1518-1519. L'année 1520 est décisive avec la publication des « grands écrits réformateurs » : Le manifeste d'août 1520 A la noblesse chrétienne de la nation allemande affirme qu'il n'y a pas de différence entre les chrétiens, que tout chrétien peut lire et comprendre les écritures et que la convocation d'un concile ne peut pas l'être du seul fait du pape. Cet ouvrage connaît 13 éditions la même année. En octobre 1520, Prélude sur la captivité babylonienne de l’Église s'adresse aux théologiens et au clergé. Il est question des sacrements qui appartiennent à tous et de la messe ; le même mois, De la liberté du chrétien  paraît à la fois en latin et en allemand. C'est dire l'intention qui est la sienne de rejoindre la public le plus large possible en usant de la langue vernaculaire. Les fondements théologiques posés, il reste à Luther le grand chantier de la traduction de la bible en allemand. Entamé en 1522 avec l'édition du Nouveau Testament, il s'achève en 1534 avec la première édition de la bible intégrale. Le Petit catéchisme et le Grand Catéchisme complètent cette œuvre éditoriale.

La pensée de Luther :

Après l'événement dit de la Tour, à la suite de sa lecture libératrice des textes, de Luder, il prend le nom de Luther ou Eleutherius, qui signifie en grec « homme libre ».

La foi seule, la grâce seule et l'écriture seule (sola fide, sola gratia, sola scriptura) constituent les éléments centraux du « credo luthérien ». Faire de ce triptyque « l'unique moyen de salut, c'est refuser à l’Église son statut de médiateur exclusif du salut.  » (Luther/Krumenacker, Ellipse, p. 223)
Le sacerdoce universel est ainsi affirmé et sa condition nécessaire est l'instruction religieuse. « Le chrétien luthérien devient un sujet agissant et autonome. » (Luther et la Réforme protestante/Sibué, Olivetan, p. 108)

Les œuvres découlent de la foi mais elles n'ont pas prise sur le salut. Dans les sacrements, Luther ne retient que le baptême et l'eucharistie. Pour cette dernière, il est question de consubstantiation et non plus de transsubstantiation.

Un changement social et culturel :

Cette Réformation, mot préféré par les historiens, implique également un changement social et culturel avec l'avènement de la figure du pasteur, ayant femme et enfant. La vie monacale avec le célibat n'a plus de raison d'être. Les pasteurs sont «  (…) attentifs aux soins spirituels de leur troupeau, veillant à la discipline, à la piété, à l'observation du culte. Ce sont aussi des hommes de savoir, qui prêchent, qui étudient la bible ; qui chantent, également, ou font chanter, et composent quelquefois. » (Luther/Krumenacker, Ellipse, p.313) En 1525, Luther prend pour épouse Catherine de Bora. Ils auront six enfants.

Pour Luther, l'ensemble de ses écrits doit contribuer à un changement spirituel et non politique. Il n'entend pas remettre en question le pouvoir temporel aussi sort-il de sa retraite pour condamner la révolte paysanne de 1525. Il souhaite s'appuyer sur les princes territoriaux et les magistrats urbains pour installer la Réformation. Il s'agit là d'une application de la doctrine luthérienne des deux règnes.

Luther meurt le 18 février 1546. Le 25 septembre 1555, la paix d'Augsbourg affirme le principe « cujus regio, ejus religio », « tel prince, telle religion ». C'est ainsi prendre acte du fait que le Saint-Empire romain germanique se partage dorénavant entre catholiques et protestants.

Les journées Luther à Nantes

    La sélection :

    La Réforme et le matin du monde moderne

    La Réforme et le matin du monde moderne

    Grandjean, Michel
    En stock, expédié aujourd'hui En stock, expédié aujourd'hui 14,50 €

    La Réforme est vieille de cinq siècles. Elle date du matin du monde moderne. Elle est même, avec d’autres, comme l’humanisme, un acteur important de notre modernité, ne serait-ce que parce que les Réformateurs ont toujours défendu la responsabilité de l’individu face à Dieu et aux institutions humaines. Mais n’allons pas trop vite en besogne: les hommes du XVIe siècle ne sont pas nos contemporains. Ils ont vécu dans un univers mental qui nous est à bien des égards incompréhensible, où l’Église ne pouvait par exemple se penser en dehors de l’État et où la société ne pouvait être que chrétienne. Comment donc les paroles, les écrits, les actions de Luther, de Calvin ou d’autres figures importantes du mouvement de la Réforme (comme Castellion, un marginal visionnaire) peuvent-ils encore résonner malgré l’épaisseur des siècles qui nous séparent d’eux? C’est là tout le propos de cet ouvrage.

    Histoire des protestants, Une minorité en France (XVI eme - XXI eme siècle)

    Histoire des protestants

    Une minorité en France (XVI eme - XXI eme siècle)
    De Jean Baubérot
    En stock, expédié aujourd'hui En stock, expédié aujourd'hui 26,00 €

    Au-delà des images classiques – les guerres de Religion, la Saint-Barthélemy, l’édit de Nantes, les dragonnades –, l’histoire des protestants en France, sur la longue durée, reste méconnue.
    Ce livre présente pour un large public une synthèse des acquis de la recherche historique et sociologique dans ce domaine. Vous y découvrirez d’autres manières d’être chrétien en France, des pratiques, des styles de vie, un langage, qui tiennent à la dissidence protestante d’origine et à la condition minoritaire.
    Avec l’histoire de cette « minorité active » au long de cinq siècles, c’est l’histoire de France en profondeur qui est revisitée : la difficile émergence de la tolérance, de la liberté de conscience, de la laïcité, les droits des femmes.

    Penser les réformes aujourd'hui

    Penser les réformes aujourd'hui

    Iseo
    En stock, expédié aujourd'hui En stock, expédié aujourd'hui 29,00 €

    La publication par Martin Luther de 95 thèses sur les indulgences, le 31 octobre 1517, lança un mouvement de Réforme aux multiples visages qui allait marquer profondément l’Occident chrétien. En avril 2016, en vue de la commémoration de cet événement, un colloque, organisé par l’Institut supérieur d’études œcuméniques (ISEO) du Theologicum de l’Institut catholique de Paris, a rassemblé de nombreux acteurs de la vie œcuménique, y compris des évangéliques et des pentecôtistes. En partenariat avec les facultés de théologie orthodoxe et protestante de Paris, il a cherché à éclairer la signification et la portée actuelle de la démarche réformatrice de Luther.
    Des spécialistes reconnus s’interrogent d’abord sur la notion de réforme et étudient les exemples qu’en donnent la Bible et l’histoire de l’Église avant même le XVIe siècle. Puis ils se penchent sur l’événement dont Luther fut l’initiateur, en cherchant à éclairer sa compréhension, ses prolongements en divers courants protestants et ses effets tant dans la société occidentale que sur d’autres continents. Enfin est évoquée la nécessité pour les grandes traditions ecclésiales d’un permanent effort de renouvellement dont le réformateur avait rappelé l’exigence.
    Un ouvrage important pour percevoir l’actualité du mouvement lancé par Martin Luther il y a 500 ans et pour comprendre le défi de se réformer auquel toutes les Églises sont aujourd’hui confrontées.

    Ont collaboré à cet ouvrage : Mark ALizart, Rufin ANDRIANARIJAONA, Antoine ARJAKOVSKY, Céline BULOURDE, Job DE TELMESSOS, Vincent JORDY, Denis KENNEL, Corinne LANOIR, Pierre Olivier LECHOT, Nicole LEMAITRE, Olga LOSSKY, Michel MALLEVRE, Jean-François MAYER, Pierre MORACCHINI, Valérie NICOLET, Steve Mike NIYONKURU, Ivana NOBLE, Élisabeth PARMENTIER, Jacques Noël PERES, Jean-Daniel PLÜSS, Michel SANTIER, Laurent SCHLUMBERGER, Patrick STREIFF, Corine VALASIK et Ken YAMAMOTO.

    Luther et la réforme protestante

    Luther et la réforme protestante

    Sibué, Annick
    En stock, expédié aujourd'hui En stock, expédié aujourd'hui 18,00 €

    Avec audace et détermination, Martin Luther a lutté pour faire valoir la vérité libératrice découverte dans l’Évangile, face à l’institution religieuse de son époque.

    Annick Sibué, grande connaisseuse de la littérature allemande, réussit le tour de force de faire découvrir de manière simple et très vivante le contexte historique de Luther, son parcours spirituel personnel, l’opposition grandissante avec l’Église jusqu’à la rupture avec Rome. Elle montre comment l’influence que Luther a eue ensuite sur les Églises protestantes et la société tout entière, les a préparées à entrer dans la modernité.

    Ce livre donne de précieuses clés pour lire l'actualité contemporaine et pour dénoncer toutes les formes totalitaires de religion.

    Martin Luther / 1517-2017 : puiser aux sources du protestantisme

    Martin Luther / 1517-2017 : puiser aux sources du protestantisme

    Muller, Marc Frédéric
    En stock, expédié aujourd'hui En stock, expédié aujourd'hui 20,00 €

    La commémoration des 500 ans de la Réformation (1517-2017) donne l’occasion de redécouvrir les racines d’un mouvement de foi qui a transfiguré le christianisme, en Europe d’abord, puis dans le monde entier.

    L’ancrage dans ce patrimoine historique et théologique n’est pas évident : les Églises sont préoccupées par des problèmes liés à la sécularisation ou à la précarité économique, aux violences sociales, aux tensions interreligieuses, ou encore à l’instabilité politique, à la dégradation des écosystèmes.

    Marc Frédéric Muller montre avec beaucoup de talent que se plonger dans les textes des pères fondateurs peut offrir des ressources insoupçonnées pour penser notre présent. Il s’agit de faire jouer de façon créative les décalages culturels entre le 16e et le 21e siècle, en examinant toutes les conséquences d’une relation à Dieu résolument placée sous le signe de la grâce : « le salut n’est pas à vendre », « l’être humain n’est pas à vendre », « la création n’est pas à vendre » (selon les axes définis par la Fédération luthérienne mondiale).

    Marc Frédéric Muller nous fait entrer dans la théologie de Luther (la foi, l’Écriture, l’Église et le témoignage chrétien), mais aussi dans sa conception de la création en examinant des sujets qui rejoignent nos préoccupations quotidiennes (le rapport à la nature, la conjugalité et l’exercice du pouvoir).

    Un livre précieux pour tous ceux qui souhaitent un « droit d’inventaire » de l’héritage luthérien.